Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 ( 2 )

Dans les années 1950 est arrivé à Richmond la H.H. Brown Shoe compagnie américaine, manufacture de souliers et de bottes laquelle a fermé vers l’an 2000. Il y avait déjà m’a-t-on dit, plus de 500 personnes qui y travaillaient. Je me suis toujours posé cette question : comment se fait-il que pendant cinquante ans la H.H. Brown Shoe a été la seule industrie importante à Richmond.

Étant la seule industrie importante à Richmond, elle pouvait se permettre de payer de bas salaires n’ayant pas la compétition d’autres industries importantes qui pouvaient payer des salaires supérieurs. Se poser la question, c’est d’y répondre.

À la suite de la fermeture de la H.H. Brown Shoe vers l’an 2000 et à la nomination d’un commissaire industriel efficace, Martin Lafleur, d’autres industries importantes se sont mises à arriver à Richmond et on connaît la suite.

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Puis papa se retrouva tout d’un coup travailleur autonome; il devint vendeur itinérant pour la compagnie de Produits Watkins. À cette époque on trouvait au Québec au moins trois compagnies qui supportaient les vendeurs itinérants. Il y avait, en plus des Produits Watkins, la Fuller Brush Company et les Produits Familex, lesquelles compagnies se faisaient compétition entre elles.

Le matin, papa partait avec une petite valise remplie de produits de nettoyage maison et d’autres produits connexes. Également dans la valise on y retrouvait un carnet de commandes.

Papa cognait aux portes : « Bonjour madame. Je suis le représentant de Produits Watkins, j’aimerais vous présenter nos produits. »

Papa entrait, ouvrait sa valise et parlait à la dame desdits produits; puis la dame lui disait ce qu’elle aimerait acheter. Papa prenait la commande informant la dame qu’il viendrait lui livrer ses produits samedi. Pendant trois jours, papa faisait comme ça de porte à porte. Puis le jeudi, il se rendait à Montréal à la compagnie Produits Watkins pour acheter tous les produits que les dames lui avaient commandés; il revenait à la maison avec tous ces produits que l’on mettait dans des boites pour les livrer à ces dames le samedi.

Papa trouvait cela difficile, il avait l’impression de déranger. Avec le temps il devint plus à l’aise dans la vente.

Puis un jour, papa arriva à la maison avec un set de chaudron. « Ça les enfants, c’est nouveau sur le marché; c’est un set de chaudron avec trois plies, c’est bon pour la vie» disait-il. Il n’avait pas tort car en 1969 lors de mon mariage je reçus comme cadeau de mes parents un tel set de chaudron que j’ai toujours en 2018.

Je me souviens avoir été vendeur de set de chaudron. Ma carrière a été courte, croyez-moi. Un après midi, un set de chaudron dans la valise de l’auto je me rendis chez une amie dont le père était un commerçant sur la rue Principale à Richmond. Je ne fis pas de vente, j’oubliai le set de chaudron chez la fille mais je repartis quand même heureux……Papa ne comprenait pas que j’avais oublié ledit set de chaudron. Je ne lui expliquai pas ma technique croyez-moi. Ces choses là dans ces années se vivaient mais ne s’expliquaient pas.

Papa vendit des sets de chaudron et des moulins à coudre pendant quelques années, puis par la suite il se recycla complètement dans dans la couture avec mon frère Bertrand pour lui aider.

Voici le genre de commerce : dans la région de Richmond, papa avait recruter environ une quinzaine de femmes qui avaient des moulins à coudre. Papa allait chez les commerçants juifs à Montréal chercher du linge à coudre tels que pantalons, manteaux, chemises etc., qu’il apportait à ces dames qui les cousaient. Puis par la suite, Bertrand retournait chez ces dames chercher le linge cousu par elles et les retournaient aux commerçants juifs à Montréal.

Il faut savoir aussi que papa vendait également à ces dames des machines à coudre Singer ou Arrow; Bertrand, Yvon ou moi allions souvent chercher lesdites machines à coudre dans une compagnie sur la rue Wellington à Montréal, juste à la sortie du Pont Champlain.

Puis un jour, Me Georges Savoie, avocat et maire de Richmond fit nommer papa Huissier de la cour Supérieure.

Je reviendrai plus tard sur cette carrière de papa, laquelle sera parallèle à ma carrière.

J’ai 13 ans, mon oncle Léopold Mongeau, qui avait un commerce de brûleur à l’huile et qui s’était marié en même temps que mes parents, est de passage à Richmond et il vient voir mes parents. Dans la journée, j’avais eu un froid avec mon père; je ne m’entendais pas avec mon père qui était sévère; ni lui ni maman était des parents qui « jasaient » avec leurs enfants. C’était l’époque du « écoutes et tais-toi».  J’étais allergique à cela.

C’était comme cela que mes parents avaient été élevés; je comprends aujourd’hui qu’ils ne pouvaient pas donner ce qu’ils n’avaient pas reçus.

Or ce soir-là, mon oncle Léopold et papa et maman sont da la cuisine et ils jasent. Il est environ 19hrs. Je me dirige vers la porte et en passant devant mon père, il me dit : « Tu t’en vas où? » et moi de lui répondre : «Je m’en vais d’ici et je ne sais pas quand je vais revenir ».

Avec un sourire narquois, il me regarde et me dit : « N’oublie pas ta tuque car tu vas attraper une grippe ».

Je n’ai pas d’argent, j’ai treize ans. Je me dirige chez mon ami Marcel Bureau qui a la plus grosse «run» de Tribune à Richmond. De mémoire il fait 4,25$ par semaine. Je lui explique que je quitte la maison, que je m’en vais à Sherbrooke et que j’ai besoin d’au moins 3,50$ car le billet d’autobus était aux alentours de 2,50$.

Je quitte donc vers 21h en autobus pour Sherbrooke. J’avais deux endroits où je pouvais aller à Sherbrooke à savoir chez un oncle que était en «grippe» avec mon père et un couple, oncle et tante, qui avait un esprit ouvert sur la vie avec qui je pourrais jaser de mes problèmes.

Deux ou trois jours après mon départ de chez mes parents, le frère Urbain qui nous enseignait en huitième année entra dans la classe et demanda :  «Qui sait où est rendu Laurent Pelletier? Personne ne disait mot. Le frère insistait puis tout à coup, Marcel Bureau leva la main et dit : « Moi je le sais mais je ne vous le dirai pas ». Le frère Urbain voyant qu’il ne pouvait rien sortir de Marcel, l’envoya chez le directeur qui sortit sa «strapp». Mais rien n’y fit, Marcel reçu la «strapp» aux mains, mais jamais il ne parla.

J’ai toujours gardé une grande amitié avec Marcel jusqu’à son décès en 2016. Quand nous parlions ensemble du passé, Marcel était fier de me rappeler qu’il n’avait jamais parlé, qu’il ne m’avait pas «stollé». Par la suite Marcel a fait une belle carrière dans la Marine Canadienne.

À environ 10-12 jours après mon départ, j’appris que Maman n’était pas bien, qu’elle était inquiète, même malade. Je pris la décision de revenir à la maison. J’arrivai à la maison vers 23 heures; toutes les lumières étaient fermées. J’entrai doucement par la porte arrière et comme je prenais l’escalier pour monter dans la chambre où les cinq garçons couchaient, maman descendait l’escalier et tout ce qu’elle m’a dit : « bonne nuit. » J’ai senti qu’elle dormirait bien ce soir -à.

(J’ouvre ici une parenthèse : Papa et maman avaient leur chambre; Pauline et Suzanne avait leur chambre ; et Laurent, Yvon, Bertrand Claude et Robert avaient leur chambre. Donc 3 chambres pour 9 personnes.)

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Nous sommes en 1957. J’ai 14 ans, je quittai la maison pour aller pensionnaire au Séminaire Saint-Charles Borromée de Sherbrooke pour y étudier au cours classique qui durait huit ans. Élément, Syntaxe, Méthode, Versification, Belles-lettres, Rhétorique, Philo 1et Philo 2. (Lo! Lo!Lo!  Pas grands jeunes qui vont comprendre ce que je viens d’écrire)

À cette époque, pour devenir prêtre, avocat-notaire, médecin il fallait passer par le cours classique.

Je ne sais pas qui avait décidé cela, mais il semble que j’avais la vocation de devenir prêtre. Le coût pour aller pensionnaire au Séminaire était de 300$ par année. Comme papa n’avait pas les moyens financiers de payer ce coût, l’abbé Rolland Bacon paya mes frais de scolarité. Je devais devenir prêtre.

J’ai aimé mon année au Séminaire St Charles de Sherbrooke, tellement que plus tard j’ai souhaité qu’advenant que j’aie des enfants, qu’ils puissent faire leurs études au Séminaire. Vous verrez, c’est moi qui y reviendrai plus tard.

En 1957-1958, j’ai eu le privilège de faire mon Élément à ce prestigieux Séminaire St Charles de Sherbrooke. L’Élément équivalait à la 8ième année du secondaire. J’ai aimé mon séjour; c’est là que j’ai commencé à avoir de l’organisation et un peu de la discipline. Se lever à 5hrs 30 du matin, aller à la messe tous les matins, puis aller à la salle d’étude pour étudier, puis déjeuner en groupe au réfectoire et enfin la classe commençait.

Si le matin, à la messe nous n’allions pas communier le directeur de conscience nous faisait venir à son bureau pour savoir pourquoi? Si on lui répondait parce qu’on avait fait des mauvais touchés immédiatement il nous demandait : « seul ou avec d’autres ?» Je le regardais d’un oeil inquisiteur en me disant intérieurement :« wow il y a pas grand filles ici pour avec d’autres ».

À cette époque, il n’y avait pas de filles dans les collèges classiques de gars.

À la fin d’année, je ne sais pas si le Séminaire s’était aperçu que ma vocation à la prêtrise n’était pas aussi certaine, mais j’appris qu’il ne me reprendrait pas l’année suivante.

Papa n’a toujours pas les moyens de m’envoyer dans un autre collège privé. Durant l’été, j’appris que j’étais accepté au Collège d’Alzon de Bury chez les Pères Assomptionnistes et que ce serait la congrégation des Pères Blanc d’Afrique qui paieraient mes études. J’ai toujours soupçonné l’abbé Bacon d’avoir contacté les Pères Blancs pour leur demander ce soutien financier.

Quand j’appris cela, je me suis dit :« pourquoi pas, j’ai toujours trouvé que les africaines qu’on voyait à la télévision étaient jolies.»  J’ai toujours été une personne positive.

J’arrivais donc au Collège d’Alzon en syntaxe en même temps que mon frère Yvon qui arrivait en élément, ce qui équivalait aujourd’hui en huitième année secondaire. Ses frais de scolarité de 200$ annuellement étaient payés par le curé Dupuis alors Curé de la Paroisse Ste-Famille à Richmond.

Le Collège d’Alzon de Bury était un collège classique dirigé par les Pères Assomptionnistes lesquels étaient propriétaires du Sanctuaire de Beauvoir. Il faut savoir aussi que la Basilique du Sacré Cœur à Montmartre près de Paris était également dirigée par les Pères Assomptionnistes.

Plus tard dans les années 1990 je me suis rendu à Montmartre pour y visiter ladite Basilique. Il fallait que je traverse Pigale pour m’y rendre; c’était la seule voie pour m’y rendre selon moi….Je n’avais d’autres choix que de traverser Pigale.

La maison-mère des Assomptionnistes en Amérique du Nord dont plusieurs Pères était des Franco-Américains, se situait à Worcester, Massachusetts, USA.

Le directeur du Collège d’Alzon était le père Arthur qui selon ce qu’on nous avait dit, avait été dans sa jeunesse un excellement boxeur d sorte que nous avions notre arène de boxe. Nous étions le seul collège Classique au Québec avoir une arène de boxe, j’en suis certain.

Puis, il y avait le père Élphège, l’artiste, le metteur en scène du collège. Dès le début de l’année le Père Elphège mis sur pied une troupe de théâtre appelée à aller jouer la pièce au Collège d’Alzon à Worcester., USA.

De mémoire, la troupe se composait de Raymond Ferland, aujourd’hui vétérinaire à la retraite, Marcel Poirier père Assomptionniste ayant passé sa carrière à Rome, Denis Blouin comptable agrée à la retraite, Gilles Rochette pro de golf à la retraite et moi avocat à la retraite.

Encore une fois, ces collèges n’étaient fréquentés que par des gars seulement. Or une pièce de théâtre sans un rôle de fille, à ma connaissance ça n’existe pas.

Comme j’étais le plus petit avec une face de bébé, j’hérite d’un rôle de femme pendant que le plus grand et le plus costaud Gilles Rochette héritait lui de l’autre rôle de femme.

Avec le maquillage, la perruque et ma face de bébé, je faisais une très jolie femme; lors de notre présentation de la pièce au Collège d’Alzon à Worcester USA les gens dans la salle croyaient que j’étais une vraie femme. Or à la fin de la pièce, nous retournions sur la scène pour se faire applaudir et les étudiants me sifflaient. J’enlevai d’un coup ma perruque et voyant que j’étais un gars, les étudiants se mirent à me huer.

La direction du collège n’a pas apprécié que j’enlève ma perruque pour provoquer les étudiants dans la salle. Cette conduite fit déborder le vase; au début de décembre 1959 le Père Elphège vint m’informer que si je ne voulais pas avoir un dossier scolaire négatif, je devais moi-même prendre la décision de quitter  le collège d’Alzon avant la fin décembre, la direction ayant décidé de me mettre dehors du collège.

J’en informai mes parents et le 8 décembre 1959, congé de l’Immaculé Conception, ma mère vint me chercher au collège en pleurant. Plusieurs années plus tard j’écrivais à ma mère de ne pas sans faire, que Dieu avait perdu un prêtre mais les femmes retrouvaient un amant. Entre nous, je ne crois pas qu’elle ait ri en lisant cette phrase.

Donc je revins à Richmond en décembre et pour finir l’année scolaire, je me suis inscrit en janvier 1960 à l’école anglaise catholique de Richmond, la Notre Dame High School.

J’avais comme collègue de classe les Roger Smith, Marcel Bureau, Gilles Viger, John Coles, Darcy Cayer, Bob Dalton et les jolies filles mon amie Hélène Fortin, Mona Doucet, Karen Michaud, Murielle Healy.

Je n’ai pas passé mon année, mais j’ai été élu le plus bel homme de l’école. Vous remarquerez qu’avec les autres gars dont je viens de vous nommer, les élèves n’avaient pas le choix de voter pour moi, ceci dit avec humour bien sûr.

En septembre 1960 je me retrouve à l’externat Classique d’Asbestos pour continuer en méthode (équivaut à 10 ième année) mon cours classique. En juin 1962, je termine en versification et j’arrête mes études pour 4 ans.

J’ai 19 ans et je me retrouve à Richmond sans travail et en même temps je sors d’une première peine d’amour. Une relation profonde mais chaotique entre 1958 et 1962. Je lui avais écrit un poème que j’avais intitulé : Celle que Dieu m’a choisie et qui commençait comme suit :

Je rencontrai par un heureux soir

La créature la plus belle à voir

Une joli petite Gitane

Au magique nom de Christiane

Dieu, il était partout dans ce temps-là. Tout ce qui nous arrivait de bien, on le devait à Dieu et tout ce qui n’allait pas, c’était de notre faute ou Dieu nous punissait. Entre nous, Dieu n’a jamais choisi nos blondes.

Les quatre prochaines années à Richmond seront riches d’émotions et d’action.

Comments 1

  1. Salut! J’ai sensiblement reconnu cette époque que nous avons vécue et tu m’as bien amusée! Tu as une magnifique plume et continue, j’adore!

    Gisèlexxx

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