Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (7)

Les funérailles passées, je retourne en novembre 1966 à l’Externat classique d’Asbestos.

À cette époque, nous sommes en pleine révolution tranquille. C’est quasiment le plein emploi, les églises commencent à se vider, nos parents se réunissent les samedis soir dans les sous-sols de maison pour danser et découvrir la sexualité hors mariage. C’est le début des séparations de couple et un peu plus tard, le divorce.

Avant cette période des années 1960, pour se divorcer, nous devions avoir les moyens financiers. Il fallait aller devant le Conseil privé à Ottawa. Quasiment seulement les anglais se prévalaient de ce droit ou privilège de divorcer.

Également, l’Église était contre la séparation et le divorce du couple. Certains prêtres refusaient même de donner la communion à une personne séparée ou divorcée.  Nous n’avions pas le droit, selon Elle, de désunir ce que Dieu avait uni. Ce qui m’a toujours surpris, ce n’est pas ce que l’Église disait, mais que les gens croyaient que cela était vrai.

Nous n’avions pas le doit de juger négativement ce que l’Église disait. Entre nous, qu’est-ce que Dieu avait à faire dans notre décision de se marier ou de divorcer?

Selon moi, Dieu devrait bien plus s’occuper des moins bien nantis, des plus souffrants en Afrique ou en Amérique latine par exemple.

J’ai toujours cru qu’il était présomptueux de croire que Dieu s’occupait de mon petit MOI, pendant que des milliards de personnes souffraient de pauvreté ou de violence et si par hasard c’était le cas, nous étions en présence de la plus grande injustice au monde.

Mais je sentais que ça commençait à changer au Québec.

Fini le chapelet en famille les soirs de semaine à la radio où nous, à genoux dans la cuisine pendant 15 minutes, étions à écouter le cardinal Paul-Émile Léger dire le chapelet. J’ai toujours en mémoire cette anecdote qui décrit bien l’homme qu’était le cardinal Léger, le Prince.

« Archevêque de Montréal depuis trois ans, Mgr Léger est élevé au rang de cardinal en 1953. Il est le sixième cardinal canadien et le cinquième du Québec. Son retour à Montréal est triomphant. À la demande du maire Camilien Houde, les citoyens décorent leurs maisons et les endroits publics, ce qui fait dire au nouveau cardinal une phrase désormais célèbre :  « Montréal, ô ma ville, tu as voulu te faire belle pour recevoir ton pasteur et ton prince ».

La nomination de Paul-Émile Léger comme cardinal surprend. La coutume veut que ce soit un évêque de la ville de Québec qui soit élevé au rang de cardinal. Le titre aurait dû revenir à Mgr Maurice Roy. Jamais un évêque de Montréal n’avait reçu cet honneur. Les résidents de la ville de Québec sont déçus, mais l’accueil qu’ils réservent au cardinal lors de sa visite dans la Vieille Capitale est chaleureux. Cependant, certains Québécois lancent une boutade qui a tôt fait de parcourir la ville : « Mieux vaut un archevêque “Roy” qu’un cardinal “Léger”. »

L’Expo 67 arrive à temps. C’est l’euphorie chez les jeunes. Les gens se réveillent, c’est le temps. La vie nous appartient, elle est éternelle, la mort c’est pour les autres. Tout est permis, sauf la violence, bien sûr; la violence était présente à la télévision dans les « Vieux pays », pas chez nous encore.

C’était loin les « Vieux pays », pour ne pas dire inaccessible en ce temps-là pour les Québécois. Il faudra attendre la crise de 1970 pour que la violence apparaisse au Québec.

Chez nous, au Québec, l’avenir nous appartenait. On pouvait y rêver et y croire. Les jeunes filles étaient belles et attirantes; elles étaient aguichantes et cela, c’était nouveau au Québec. Nous trouvions vieilles nos tantes de 40-45 ans. Je me souviens avoir regardé mes tantes et oncles de vingt ans plus âgés que moi, donc dans la quarantaine, et me dire : « Maudit que ce doit être plate d’être vieux, je suis certain qu’ils ne font même plus l’amour ».

Je me suis trompé royalement; à soixante-quinze ans, je suis en mesure de leur offrir mes excuses.

Je recommence une vie normale, vivre le jour et dormir la nuit. Pendant cinq ans, je vivais la nuit et dormais le jour.

Juin 1967, j’obtins mon diplôme de Belles-Lettres, ce qui équivalait à une douzième année.

Soit que j’arrête de nouveau mes études ou que je termine mon cours classique; il me restait trois ans pour obtenir mon diplôme de B.A, soit Rhétorique, Philo 1 et Philo 2, ce qui me permettrait d’aller à l’université pour devenir soit avocat, notaire, médecin ou prêtre.

Prêtre il fallait que j’oublie cela; je n’avais pas la vocation, croyez-moi. Quant à devenir médecin, mes notes de classe n’étaient pas assez fortes.

Je décidai donc de m’inscrire pour septembre 1967 en rhétorique au Séminaire St-Charles Borromée de Sherbrooke. Mon objectif était alors de devenir avocat.

Je fus donc accepté au Séminaire St-Charles.

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J’écrivais au début de ce livre, que mon père était huissier à temps partiel à Richmond où son principal client était l’avocat Georges Savoie, lequel m’avait aussi fait nommer en 1966 huissier de la Cour supérieure. Je pouvais alors me faire un revenu en procédant à des significations de procédures judiciaires.

Un huissier de la Cour supérieure est un officier de justice. C’est probablement le seul officier de justice qui retire ses revenus non pas du gouvernement comme un policier, mais directement de l’avocat qui lui confie un mandat d’exécuter un ordre de la Cour. À titre d’exemple, l’avocat représente une dame qui demande le divorce.

L’avocat remet à l’huissier une requête en divorce à être signifiée au mari de madame. L’huissier rencontre le mari de madame et lui signifie personnellement (lui remet) la requête en divorce. L’huissier revient au bureau, fait un rapport écrit à l’avocat l’informant que la remise de la procédure a été exécutée en main propre au mari, tel jour et telle heure. Puis, il y annexe son compte d’honoraires pour cet acte; l’avocat paiera alors l’huissier.

Brièvement, « l’huissier accomplit certains actes au nom de la justice, comme la remise de documents juridiques ou le recouvrement de dettes ». Cependant, les tâches d’un huissier ne se limitent pas à la signification de procédures judiciaires et au recouvrement de dettes, tels que citation à comparaître, exécution des contrats, saisie de biens locataires commerciaux, acte de constat, recouvrement de créances à l’amiable et autres.

Comment devient-on huissier de justice au Québec?

« L’huissier de justice doit détenir un Diplôme d’études collégiales (DEC) en techniques juridiques ou un diplôme de premier cycle universitaire en droit. Pour exercer, il doit obtenir un permis délivré par la Chambre des huissiers de justice du Québec, qui est l’ordre professionnel exclusif des huissiers de justice. »

Dans les années 1965-1970, la Chambre des huissiers de justice du Québec n’existait pas. Si un avocat ou des avocats dont la clientèle augmentait avaient besoin d’un huissier de justice, l’un d’entre eux présentait une requête devant un juge de la Cour supérieure pour faire nommer monsieur X ou Y comme huissier de justice.

Ledit avocat se présentait au Palais de justice un jour où il devait faire signer une quinzaine d’avocats sur sa requête.

Quand l’avocat avait la signature desdits quinze avocats, il se présentait devant un juge de la Cour supérieure, lequel lui accordait ladite requête. C’est comme cela que des huissiers tels que mon père Lionel Pelletier, Gervais Dubé qui devint plus tard un avocat et moi qui devins aussi un avocat, sommes devenus huissiers de justice, sans aucune formation légale.

 

 

Comments 2

  1. J’ai aussi travaillé quelquefois avec mon ami Bertrand (ton frère) lorsque le bureau était situé à Sherbrooke.
    Beau souvenir !

  2. Toujours fascinant mon cher Laurent, un oubli impardonnable j’ai oublié ton anniversaire , je me reprends Bonne Fête.. santé et bonheur porte a porte…

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