Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (10)

L’abbé Maurice Ruel officia notre mariage; mon confrère et ami Raymond Ringuette s’occupa du déroulement de la cérémonie religieuse. Raymond avait une voix magnifique et un talent de pianiste hors de l’ordinaire. Raymond termina sa carrière à titre de doyen de la Faculté de musique de l’Université Laval à Québec.

Le 26 juillet 1969 au soir, Monique et moi quittons pour Cape Cod, un voyage de noces prévu pour deux semaines. Il pleut une semaine de temps à Cape Cod. Nous revenons au Québec et terminons notre voyage de noces sur une petite île au Lac Montjoie,situé à St Denis de Brompton.

Extraordinaire, la vie.

Pendant des années et des années, le Lac Montjoie fut un lac vierge; il n’y avait que deux bâtisses sur les rives de ce merveilleux lac. Il n’y a jamais eu de bateau à moteur sur ce lac. Tous les terrains qui entourent ce lac appartenaient à l’Archevêché de Sherbrooke.

À un bout du lac, il y a une immense bâtisse toute blanche qui ressemblait à une grande auberge. Elle était trois saisons. Les prêtres du diocèse de Sherbrooke y passaient leurs vacances d’été. C’était un paradis, un endroit privilégié.

À l’autre bout du lac, il y avait une autre bâtisse où les étudiants à la prêtrise pouvaient aller y passer leurs vacances d’été.

En 1966-1967 environ, l’archevêché avait commencé à vendre quelques terrains. L’un des critères pour acheter un terrain, c’était d’être un ancien élève du Séminaire St Charles de Sherbrooke.

Sur ce lac, il y a deux îles: une petite et une grande et également une presqu’île. La presqu’île était la propriété du juge Laurent Dubé, la grande île était la propriété d’un certain Chartier.

Deux mois avant notre mariage, soit vers mai-juin 1969 Lucia et Bernard achetèrent la plus petite des îles, la plus belle et la plus romantique des deux îles.Lucia est la soeur de Monique.

Pendant environ 5 ou 6 ans, Monique et moi avons passé nos étés à l’île avec Lucia, Bernard et leurs enfants. Bernard et Lucia ont été pour moi le couple dont je me suis le plus ennuyé après la séparation de Monique et moi. J’y pense encore. J’ai aimé cette famille; j’ai toujours eu un faible pour Pierre le plus vieux des enfants de Lucia et Bernard; il aimait me voir fumer la pipe.

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Septembre 1969, je me retrouve en Philo 2. Dernière année de mon cours classique.

Il faut savoir aussi que 1969-1970 fut la dernière année du cours classique. Terminé, c’est le CEGEP qui prend la place. Quant à moi, ça ne sera plus jamais pareil.Vivre et étudier pendant huit années avec les mêmes camarades dirigés par des personnes érudites et vouées à notre formation académique et à notre éducation morale ne se retrouve plus dans notre système d’instruction.

(Ici morale, n’a pas de connotation religieuse)

Encore aujourd’hui, la formation des jeunes dans notre système d’éducation  n’existe plus. L’instruction oui, mais pas la formation et pas l’éducation.

Également, comme c’est la fin du cours classique, les étudiants de Philo1 deviennent aptes comme les étudiants de Philo 2, à s’inscrire à l’Université en 1970. Les étudiants de Philo 1 et Philo 2 arrivent en même temps à l’Université.

C’est toute une époque qui a pris fin avec la fin du cours classique.

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Philo 2 se passe sans grandes histoires. Je reçois mon diplôme, soit le BA (Bac ès art), ce qui me permet de m’inscrire en Droit à l’Université de Sherbrooke.

Monique enseigne à Sherbrooke et moi je suis toujours à temps partiel au bureau d’huissiers Pelletier et associés.

Je suis accepté en Droit pour septembre 1970; Monique et moi, nous nous retrouvons dans une maison que nous louons sur la rue Bélair à Sherbrooke. Une vue magnifique sur la montagne, la croix lumineuse et l’Université de Sherbrooke. Entre la rue King Ouest et la rue Bélair, ce sont de grands magnifiques pins verts qui nous bornent à l’arrière de la maison et où nous avons une grande et belle galerie.

Aujourd’hui, les grands pins verts ont été remplacés par le restaurant McDonald et l’Auberge des Gouverneurs (OTL).

Je me retrouve donc en première année de Droit en septembre 1970 avec les Yves Laverdière, Francine Gladu, Christiane Filteau Jacques Gagnon, Jean-Paul Dupré, Alain Perreault, Clément Groleau, Michel Viens, Jean-Pierre Rancourt, Normand Ratti, Michel Massicotte, Rolland Veilleux, Denis Lavigne, Jeannot Aubert, Guy Lussier, Louis Coderre, Hélène Letellier, Andrée Lafrenaye, Céline Drapeau, Ginette Séguin et autres….

De ce groupe, j’ai toujours des contacts réguliers avec au moins 8 de ces confrères et consoeurs.

Sur le total de près de  88 finissants après 4 ans de Droit, environ 12% seulement étaient des femmes. Aujourd’hui il semble que ce serait plutôt le contraire.

Septembre 1970, c’est donc l’entrée en première année de Droit. Une surprise nous guette, personne ne peut se douter de ce qui s’en vient. Octobre 1970, c’est ce qu’on appelle la crise d’octobre.

J’ouvre ici une parenthèse.

Je ne peux pas comprendre que les jeunes et moins jeunes personnes au Québec ne connaissent pas l’histoire de cette crise d’octobre 1970. C’est la pire crise que le Québec ait connue au moins dans les cinquante dernières années, sinon depuis toujours.

Lors de cette crise d’octobre, le campus de l’Université de Sherbrooke n’était plus le même. On y sentait une nervosité. Il y avait toutes sortes de rumeurs qui y circulaient. On disait qu’ils y avaient sur le campus des agents de la Gendarmerie Royale qui vérifiaient surtout les agir des péquistes.

Les gens qui portaient par exemple les cheveux longs et/ou la barbe pouvaient être identifiés facilement aux péquistes et ainsi être interrogés sur ses allégeances aux FLQ.

À ce moment-là, je portais les cheveux mi-longs et j’avais une barbe bien fournie. Pourtant j’étais libéral, donc je ne devais avoir aucune raison d’être nerveux. Pourtant, ce n’était pas le cas.

J’étais ami avec Jean René, lequel était stagiaire-avocat au bureau des avocats Blanchette et Roberge, bureau reconnu comme étant un bureau libéral.

Un soir, lors d’un 5 à 7, Jean me convainc qu’il était de mon intérêt de me faire raser la barbe et de raccourcir ma coupe de cheveux. Le 5 à 7 avançant, Jean se convertit en barbier et me coupa et me rasa la barbe. J’écris cela et je rougis encore de honte.Eh oui, j’avais peur de me faire arrêter par la police.

Également, c’était la première fois que je vis ce que c’était « un joint ». Je détestais la senteur et jamais je n’ai eu le goût d’essayer cela.

Pendant mes études de Droit, je continue toujours de travailler comme huissier au bureau de mon père. Je continue de garder contacts avec les avocats. Je suis présent aux 5 à 7 tant à la discothèque Chez René qu’au Coudre à l’hôtel Wellington de Sherbrooke. Entre nous, j’ai toujours aimé les relations publiques! J’allais là où je pouvais rencontrer les avocats à l’extérieur de leur bureau.

Mon frère Bertrand s’implique de plus en plus au bureau d’huissiers. Les avocats acceptent et aiment Bertrand.

L’année la plus difficile en Droit, c’est la première année. Il est dit que si tu passes ta première année, inquiète-toi pas pour les suivantes, ça va aller. Il semble que ce soit encore cela.

Sur la rue Wellington Nord à Sherbrooke, il y avait un grand magasin de quincaillerie et de construction, à savoir le magasin Coderre qui existait depuis des dizaines et des dizaines d’années et qui déclara faillite. Me Yvon Roberge est l’avocat au dossier. Notre bureau d’huissiers servait le bureau des avocats Blanchette et Roberge.

Me Roberge me fit venir à son bureau; je devais être à la fin de ma deuxième année de Droit. Il m’offrit de faire mon stage à la fin de ma troisième année à son bureau et entretemps, il m’engagea pour faire la collection des comptes recevables dans la faillite du magasin Coderre.

C’est certain que l’expérience au bureau d’huissiers me servait pertinemment dans les procédures pour la collection des comptes à recevoir.

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En 1974, à Sherbrooke, nous avons aussi eu la nuit des longs couteaux  ; le tout commença à la Brasserie la Boustifaille sur la rue King Est. La guerre des Gitans contre les Atomes. Les parties se tiraient dessus à coup de balles de fusils; trois atomes furent tués et deux autres blessés qui se rendirent à l’hôpital Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Apprenant que les deux Atomes étaient à l’Hôtel-Dieu, les Gitans se rendirent à la salle d’urgence de l’Hôtel-Dieu et y tirèrent les deux Atomes. Quatre gitans furent arrêtés et emprisonnés à la prison Winter de Sherbrooke.

Je suis alors avocat-stagiaire chez Blanchette Roberge. Je reçois un appel d’un des Gitans arrêtés. Je me rends le rencontrer à la prison Winter. Je jase et je l’informe que je vais demander à Me Roberge s’il accepte de prendre le dossier, ce que je fis.

Me Roberge accepta de prendre le dossier avec un grand criminaliste de Montréal, soit Me Nikita Tomesco.

Le procès de plusieurs semaines eu lieu au Palais de Justice de Sherbrooke et les quatre Gitans accusés furent acquittés.

Lorsque Me Michel Côté, procureur de la couronne, déclara sa preuve close, Me Tomesco informe le juge qu’il avait un témoin à faire entendre.

Le témoin se présente dans la boîte pour y témoigner. Avant de témoigner, ledit témoin demanda à la Cour de lui donner la protection de la Loi, ce que lui accorda le Juge.

La protection de la Loi à un procès criminel permet à un témoin de dire la vérité sans que ce qu’il va dire peut être retenu contre lui par la suite.

Dans ce dossier, ledit témoin témoigna à l’effet que c’était lui, lui seul, qui avait tiré et tué les cinq Atomes.

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Nous sommes toujours en 1974. Nous terminons notre licence en Droit et devons alors décider si nous nous dirigeons vers le Barreau ou vers le Notariat.

Comme mon choix est de devenir avocat, je devais, après mon stage, passer mon examen du Barreau, c’est-à-dire aller à Montréal suivre des cours du Barreau et y passer les examens.

À cette époque, nous devions nous expatrier à Montréal pour y faire notre Barreau. Yves Laverdière et moi avions loué une chambre à l’Hôtel Nelson, Place Jacques Cartier à Montréal. Francine Gladu et Christiane Filteau s’étaient loués un appartement. Tous les quatre, nous avons voyagé ensemble pendant plus de huit mois. Cette grande amitié est encore là aujourd’hui.

Aujourd’hui, les étudiants en Droit à n’ont pas à aller à Montréal pour faire leur Barreau, le tout se passe à l’Université de Sherbrooke.

 

Comments 3

  1. Intéressant de te connaitre plus. Moi j’étais à Montréal dans les années 1964 à 1972, alors la crise octobre 70 j’y étais et oui ont avaient les fesses serrer. Merci Laurent et bonne continuité !!

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