Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (16)

La première décision que nous avons prise fut de nous trouver un vice-président responsable des spectacles. Il fallait planifier et surtout réserver les artistes. Nous ne pouvions prendre la chance de réserver les artistes à la dernière minute.

Jean-Guy suggéra Nelson Poulin, lequel vint nous rencontrer à l’Auberge Orford et à la suite des explications fournies sur notre rêve de faire de la Traversée un évènement majeur en Estrie, Nelson accepta immédiatement. Pendant plusieurs années, Nelson, à titre de vice-président, fut le grand responsable des spectacles produits à la Traversée.

Je me permets cette anecdote : Nelson avait engagé un groupe de Heavy Métal. Je trouvais cela épouvantable; c’était fort, je trouvais que les chanteurs criaient et que le « drummer » était en train de défoncer sa batterie pendant que le bassiste me donnait des coups directement au cœur. J’entrai sous la tente et à côté de moi, c’était Manon l’épouse de Nelson. « Bonjour Manon, c’est fort pas à peu prés. Ce n’est pas de la musique ça. Peux-tu me dire c’est qui ce chanteur-là? » Et Manon de me répondre, toute fière : « C’est Alexandre, notre fils ». J’aurais voulu me trouver ailleurs; mais quelle belle leçon de vie.

Il fallait soit croire en nous ou soit être inconscient; cautionner personnellement avec trois autres personnes pour 130 000 $ dont la grande majorité de l’argent devait servir à payer les créanciers et en plus, engager le premier directeur général à temps plein au salaire d’environ 30 000$ par année, à savoir Robert St-Onge; également, il fallait louer un bureau pour Robert St-Onge et ses bénévoles.

En l’espace de quelques jours avec nous, Robert fut considéré comme un des nôtres dans cette aventure. Puis, quelques années plus tard, Robert partit s’installer aux Iles de la Madeleine, avec sa famille, où une belle carrière l’attendait.

Puis, Denis Bernier devint le deuxième et dernier directeur général à temps plein de la Traversée. Son expertise et son professionnalisme ont marqué la Traversée. Denis est aujourd’hui directeur général de Destination Sherbrooke.

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Jamais Jean-Guy, Jean-Claude ou moi n’avons douté une seconde que nous pourrions nous casser la gueule. Jamais l’un de nous ne s’est posé une question sur notre capacité de réussir ensemble.

Il fallait innover si l’on voulait se démarquer des autres sports, puisque la natation n’est pas un sport de contact, mais plutôt un sport d’endurance de longue distance. Je me souviens avoir été en contact à cette époque avec le président de RDS, Gerry Grappier, pour mettre à l’écran de télévision l’évènement de la nage longue distance de 42 kilomètres.

Cela aurait coûté une fortune; un hélicoptère avec caméra qui se nicherait au-dessus des nageurs pour les suivre et qui transmettrait en même temps l’image à l’écran.

La nage longue distance a beau être un sport d’élite, il demeure que ce n’est pas un sport visuel spectaculaire.

Nous devions nous démarquer.

Comme vice-président aux communications de La Traversée, nous avions recruté un bon ami à moi, Robert « Bob » Martimbault, lequel avait été le premier relationniste des Nordiques de Québec sous le règne de Me Marcel Aubut et Jacques Demers.

Une des premières actions de Bob fut d’aller chercher son ami, le journaliste sportif du Journal de Montréal, André Rousseau, lequel accepta de couvrir l’évènement de la Traversée, ce qu’il fit brillamment dans ces années 1987 à 1992. Nous avions des pages entières dans le Journal de Montréal, ce qui contribuait à la crédibilité de la Traversée Internationale du lac Memphrémagog.

Il faut savoir aussi que dans ces années, soit en 1992-1993 sous la présidence de Serge Laurendeau à La Traversée, la nage entre Newport et Magog fut à l’intérieur de la série mondiale de nage longue distance. Une autre façon de se démarquer encore plus.

Là où nous avons également innové, ce fut de faire quelques conférences de presse à Montréal, où les nageurs faisaient aussi un sprint de nage à La Ronde. Tout cela, c’était nouveau et ça contribuait encore à la popularité de La Traversée à travers le Québec.

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En 1987, il y avait une course de nage longue distance entre l’île de Capri et Naples (40,6 km) en Italie. Par la suite, les nageurs se rendaient au lac St-Jean pour y traverser le lac St-Jean (32 km) et ensuite, ils se rendaient à Magog pour la Traversée du lac Memphrémagog (42 km); par la suite, les nageurs se rendaient aux États-Unis pour y nager, entre autres, à Atlantic City, puis près de New York et autres.

En 1987, quelques semaines avant la Traversée Internationale du lac Memphrémagog, je me rendis avec Jean-Claude Morin à l’île de Capri, en Italie, pour y rencontrer entre autres les nageurs et les autres organisateurs de nage longue distance.

Le président de la nage Capri-Naples était Lello Barbuto, président du journal quotidien le Il Mattino de Naples, journal que je compare au journal La Presse.

Rebecca, la fille de Lello, était ce que je peux appeler la directrice générale de la Traversée Capri-Naples.

Jean-Claude et moi demeurerions sur l’île de Capri. Un soir, monsieur Barbuto invita tous les nageurs et organisateurs dans un restaurant de Capri où il fêtait l’anniversaire de sa fille Rebecca. On y parlait italien et anglais.

Nous étions, Jean-Claude et moi, les seuls à parler français dans ce restaurant de Capri.

J’avais réussi à obtenir, après une éternité de négociation avec Jean-Claude qui tenait la bourse de dépenses du voyage, le montant d’argent nécessaire pour que nous puissions offrir à Rebecca un bouquet de fleurs pour son anniversaire.

Pendant que j’offrais lesdites fleurs à Rebecca, j’entends soudainement Jean-Claude qui se met à chanter : « Chère Rebecca, c’est à ton tour … » et il la chanta au complet. On aurait pu entendre une mouche voler, même si personne ne comprenait les paroles de la chanson. Il faut que je vous dise que Jean-Claude a la voix parfaite pour chanter du « western », du vrai « western », vous comprenez?

Laissez-moi vous dire que la chanson de Gilles Vigneault par une voix de western, c’est long pas à peu près.

À la fin de sa chanson, les gens ont applaudi, bien sûr. Mais voyant qu’ils applaudissaient, ne sachant ce qu’ils applaudissaient exactement, je me suis permis de leur expliquer en anglais le sens général des paroles, les informant que cette chanson d’anniversaire québécoise avait été composée par l’un des plus grands poètes du pays.

L’île de Capri est possiblement le plus bel endroit romantique sur terre. Sur l’île elle-même, il n’y a pas d’auto, sauf au bas de l’ile où le bateau accoste; là, il y a quelques autos qui peuvent nous amener à Anacapri située tout en haut de l’île, là où l’on y trouve des artistes tels que peintres, grands couturiers, sculpteurs et j’en passe.

Le matin de la traversée Capri-Naples, nous sommes tous sur le bord de la Méditerranée. On ne voit ni Naples ni la terre; c’est la mer au loin à 360 degrés. Comment les nageurs peuvent-ils suivre le trajet qui les amènera de Capri au port de Naples?

L’un des organisateurs me dit : « Regarde à la mer : est-ce que tu vois un gros paquebot de l’armée? » Je fis signe que oui.  « Les nageurs vont quitter d’ici et vont se pointer à la nage vers ce paquebot qui avance doucement en direction du port de Naples où est l’arrivée des nageurs. Le paquebot sert de phare pour les nageurs ».

Lorsqu’un nageur ou une nageuse est en course, il ou elle a à ses côtés une chaloupe dans laquelle une personne s’occupe de lui ou d’elle. Ils n’ont pas le droit de se toucher. Avec un manche spécial pour la circonstance, la personne dans la chaloupe peut leur offrir à boire ou à manger au besoin. Deux personnes sont dans la chaloupe : une pour conduire la chaloupe avec moteur et l’autre personne pour s’occuper du nageur ou de la nageuse; celle qui s’occupe du nageur ou de la nageuse sert également de motivateur; elle encourage son nageur ou sa nageuse; elle l’informe de sa performance, etc.

Or en 1987, Paul Asmuth était de la compétition Capri-Naples; il avait cette habitude de gagner les courses. Pour moi, Paul Asmuth fut le plus grand de tous les nageurs longue distance au monde. Je me souviens, à Magog, Paul me téléphonait pour que j’aille le chercher chez Pierre-Paul Landreville qui le logeait chez lui, et je l’amenais à la plage municipale du lac Memphrémagog.

Là, nous regardions l’heure; s’il était par exemple 11 h 30 Paul me regardait et me disait : « Larry, viens me chercher à 3 h (15 h). Je voyais Paul entrer SEUL dans l’eau, se mettre à nager SEUL vers le large et disparaître de ma vue. Puis, je revenais à la plage vers 14 h 45; tout à coup, je voyais une tête apparaître au large et Paul sortait de l’eau en pleine forme comme s’il se levait de table par exemple.

Quel homme il était?

Or à Capri, un soir, je demandai à Paul Asmuth si je pouvais être la deuxième personne dans sa chaloupe avec sa conjointe. Je lui expliquai que j’aimerais faire cette expérience. Paul en parla avec sa conjointe et les deux acceptèrent. J’avais oublié une chose, c’est que je pouvais demeurer dans ladite chaloupe plus de 7 heures, dépendamment de l’humeur de la mer.

C’est là que j’ai compris ce que c’était de la détermination, d’avoir un but et de ne jamais lâcher pour atteindre son objectif. Nager pendant sept heures sans arrêt, il faut le faire. Quelle belle leçon de vie!

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