Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 ( 17)

À la suite du succès de l’édition de la Traversée Internationale du lac Memphrémagog en 1987, Jean-Guy Gingras et moi retournons en 1988 à Capri-Naples avec un objectif bien précis : mettre sur pied une organisation qui regrouperait tous les réseaux de nage longue distance au monde.

Avec Jean-Claude Morin, nous avions fait le trajet Montréal-Rome et avions loué une auto pour se rendre au sud de l’Italie, soit à Naples. Jean-Claude Morin voulait que l’on fasse Rome-Naples en train, car c’était moins cher que de louer une auto.

J’ai rappelé à Jean-Claude que nous faisions du bénévolat à titre de membre du conseil d’administration de la Traversée Internationale du lac Memphrémagog. Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable et visiter l’Italie tranquillement en route vers Naples, ce que nous avons fait.

Avec Jean-Guy, en 1988, nous avons pris un billet d’avion Montréal-Nice; quelques jours sur la Côte d’Azur pour visiter et ensuite louer une auto à Nice pour se rendre au sud de l’Italie à Naples.

Arrivés à Naples, nous avions faim; on se trouve un restaurant au bord de la Méditerranée.  Le serveur parle bien sûr italien, mais son anglais laisse quelque peu à désirer. Voyant que nous avions pris connaissance du menu, le serveur nous demande ce que l’on désire manger et Jean-Guy de répondre : spaghetti. Le serveur « baragouine » quelque chose et Jean-Guy de répondre encore : spaghetti.

Le serveur revient avec le plat de spaghetti bien garni et l’assiette bien remplie. Une vingtaine de minutes plus tard, voyant l’assiette vide devant Jean-Guy, le serveur se présente à la table et lui demande en anglais ce qu’il veut manger comme plat principal.

Je traduis à Jean-Guy ce que le serveur vient de lui demander. Jean-Guy me répond : « Je ne comprends pas, je viens de manger un spaghetti, je n’ai plus faim du tout ».

Ce que Jean-Guy a appris à ce moment-là, c’est que le spaghetti qu’il venait de manger était tout simplement considéré comme une entrée et je lui explique également que conformément aux coutumes du Sud, en Italie on s’attable plutôt tard pour le souper, soit entre 20 h et 22 h. Les Italiens, comme les Français, passent deux fois plus de temps à la table que nous. Les Italiens aiment savourer.

Également, lors de ce voyage en Italie, la Traversée Internationale du lac St-Jean avait délégué deux membres de son conseil d’administration, dont l’un était le président de l’époque, monsieur Denis Lebel, lequel fut par la suite député conservateur de Roberval – Lac St-Jean de 2007 à 2015 et de Lac St-Jean d’octobre 2015 à juin 2017 et en 2011, il fut nommé ministre des Transports, de l’Infrastructure et des Collectivités ainsi que ministre de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.

Lors de ce voyage, Jean-Guy Gingras tenait mordicus à ce qu’une rencontre de tous les responsables des organisations de nage longue distance sur place à Capri se tienne pour discuter de la mise en place d’une organisation qui chapeauterait toutes les organisations de nage longue distances à travers le monde.

Nous avons alors convoqué tous les responsables d’organisation sur place dans une salle d’un hôtel à Naples.

Jean-Guy ne parlant pas anglais, je présidai cette réunion en traduisant en anglais ce que Jean-Guy présentait. Il faut savoir que Jean-Guy a la particularité d’être toujours très bien préparé dans la présentation de ses projets.

Il faut également savoir qu’avant cette réunion, nous nous étions assurés d’avoir l’assentiment de Lello Barbuto. C’était primordial. Lello Barbuto avait une crédibilité à toute épreuve parmi les organisateurs et les nageurs eux-mêmes.

Ladite réunion fut positive et il fut convenu de se rencontrer tous ensemble de nouveau pour la concrétisation de cette nouvelle association, à Magog, lors de la Traversée de 1990.

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Quelles étaient les principales raisons de succès de la Traversée des années 1987-1992?

Les gens de Magog avaient un sentiment d’appartenance envers cette organisation; on ne recherchait pas les bénévoles, ce sont eux qui nous approchaient pour faire partie de cette grande famille qu’était La Traversée Internationale du lac Memphrémagog.

La qualité de nos principaux commanditaires tels que Molson, Seagram, Air Canada, Bell Canada, Gaz Métropolitain, la SAQ, Loto-Québec nous permettait de hausser notre crédibilité face aux autres commanditaires.

Dans ces années, nous avions sur le terrain des petites cabanes de bois dans lesquelles les artistes s’installaient et travaillaient leur art devant les gens.

Nous avions également pour les jeunes une grande roue accompagnée de jeux forains que les familles appréciaient.

Nous n’avions pas de grand chapiteau, lequel est apparu sur le site quelques années plus tard. Nous avions sur le site une tente pouvant y recevoir environ 3 500 personnes à l’intérieur. Lorsque la température le permettait, nous pouvions y soulever les murs de la tente ce qui permettait à quelques milliers de personnes de plus de participer à cette ambiance festive.

Las artistes qui s’y produisaient avaient des cachets que la Traversée pouvait financièrement risquer, même si un soir ou deux, la température n’était pas de notre bord.

À titre d’exemple, quelques années plus tard où le conseil d’administration de l’époque avait décidé de produire des artistes de grande renommée au Québec, ledit conseil d’administration avait décidé de produire Claude Dubois au coût approximatif de 17 000 $ pour un soir. Or il appert que ce soir-là, ce fut l’une des plus grosses tempêtes de l’été. La place était vide, mais la Traversée a quand même dû verser à Claude Dubois son cachet de 17 000 $.

Mon opinion personnelle a toujours été que la Traversée n’avait pas à « challenger » le lac des Nations à Sherbrooke avec ses immenses spectacles.

Les gens de Magog, comme les touristes, voulaient et aimaient être parties tenantes des évènements qu’offrait la Traversée à cette époque des années 1987-1992.

La Traversée Internationale du lac Memphrémagog, c’était pour les gens de la région une fête, et non un spectacle.

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En 1987-1992, nous avons également reçu des personnalités à titre de président d’honneur, mais la plus grande visite internationale qu’a eue La Traversée en 1989, fut la venue de Madame Audrey Scott, alors secrétaire de la « Channel Swimming Association », principale responsable de la Traversée de la Manche à la nage d’une distance d’environ 34 kilomètres entre Douvres (Angleterre) et Wissant (France).

Concernant Madame Audrey Scott, le journal La Tribune titrait en 1989 : « La « maman » des nageurs de longue distance est en ville ».

Les traversées de la Manche peuvent se faire soit en solitaire, soit en relais. Ce n’est pas une course; les nageurs se battent contre eux-mêmes. Ils affronteront « les courants, les méduses, la navigation, la pollution, les conditions météorologiques et la froideur de l’eau, ce qui lui valent son surnom de l’Everest de la natation ».

En 2007, Petar Stoychev fut le premier nageur à descendre la Manche sous les 7 heures, soit 6 heures 57 secondes.

Philip Rush, un autre nageur que l’on voyait à la Traversée du lac Memphrémagog en 1987, avait réussi la Traversée de la Manche et il est l’un des nageurs à l’avoir fait en trois fois, soit en 28 heures 21 minutes.

Une anecdote sur Philip Rush de la Nouvelle-Zélande : lors d’une compétition de nage à Magog, quelqu’un s’étant aperçu que Philip nageait à un moment donné sans son costume de bain, lui demanda pourquoi? Et Philip de lui répondre, c’est le monstre Memphré avec ses dents qui m’a enlevé mon costume de bain.

J’ai toujours soupçonné le regretté Jacques Boisvert, « le découvreur du monstre Memphré » d’avoir demandé à Philip de l’aider à mousser sa publicité sur le monstre du lac Memphrémagog. Jacques Boisvert, un plongeur professionnel, nous racontait avoir vu plusieurs fois le monstre dans le lac. Impossible pour nous de le contredire.

Lors de la venue de madame Scott à Magog, l’homme d’affaire Dennis Wood lui avait prêté l’un de ses condos à Magog.

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En 1991, eut lieu, à l’Auberge Chéribourg à Orford, la réunion concernant la mise sur pied de l’association regroupant les principales organisations de nage longue distance au monde.

Cette réunion à l’Auberge Chéribourg fut primordiale pour la nage longue distance, puisque c’est là que fut signée la première entente entre les organisations de nage longue distance. Étaient présents, entre autres, Lello Barbuto de Naples en Italie, Roger Parsons de la Swimming Canada, des représentants du Lac St-Jean et bien d’autres.

Déjà, en 1989, madame Audrey Scott déclarait au journaliste du Journal de Montréal qu’« un circuit international offrirait de grandes possibilités tant à ces jeunes athlètes qu’au sport lui-même ».

En 1991, le président d’honneur de ladite Traversée a été mon ami Louis-Paul Allard. Puis pendant les trois derniers jours de la Traversée, s’était joint à notre organisation l’acteur bien connu, le regretté Émile Genest.

L’on y trouvait également des personnalités politiques et d’affaires. Toute cette brochette de personnalités amenait à l’organisation de la Traversée une visibilité et une crédibilité nous permettant d’avoir de bons commanditaires et d’importantes subventions gouvernementales.

Nous avions une organisation presque parfaite, disait en souriant madame Audrey Scott.

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