Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (18)

En 1993, le bureau des gouverneurs de la Traversée Internationale mit fin à son existence et je quittai alors l’organisation de la Traversée.

Fin 2002, Jean-Guy Gingras est conseiller municipal à la Ville de Magog. La Traversée passe des moments difficiles. Le maire Marc Poulin et son conseil municipal n’acceptant pas que la Traversée disparaisse pour le bien-être de la région Magog-Orford, ils demandèrent à Jean-Guy Gingras si lui, avec la précédente organisation, ne prendrait pas la relève de ladite Traversée. Il fallait sauver la Traversée.

Jean-Guy Gingras me demanda de reprendre la présidence de la Traversée 2003, pendant que Jean-Claude Morin revenait à titre de vice-président des finances. Le triumvirat revenait.

Puis, la chance nous souriait; les Nelson Poulin, Serge Laurendeau, Donald Landry et Serge Dufour se joignaient de nouveau à l’équipe et c’était reparti de plus belle.

En 2003, la veille de la journée de la nage Newport-Magog, comme de coutume les nageurs se rendirent dormir à Newport où les gens de Newport leur rendent également un hommage en quelque sorte.

Puis vers les 3 h du matin, des citoyens mordus de la nage longue distance, avec quelques membres du conseil d’administration de la Traversée, quittaient Magog pour se rendre au départ des nageurs vers 6 h à Newport.

Cette année 2003 fut une année spéciale pour ce départ des nageurs aux États-Unis.

Souvenons-nous des attentats du 11 septembre 2001 par des membres du réseau djihadiste Al-Qaïda, visant deux tours à New York et faisant 2 977 morts.

Or, la veille du départ des nageurs, aux douanes américaines de Newport USA, un nageur qui avait pour nom Mohamed est questionné par les douaniers. Cette année-là, Lynn Blouin, laquelle avait été présidente de la Traversée dans les années 1990, avait accepté de s’occuper des nageurs. Lynn, par son expérience, était la personne toute désignée pour ce poste.

Pendant des heures et des heures, le nageur Mahomed est retenu sans raison aux douanes américaines. Souvenons-nous que les Américains, à la suite des évènements de 2001, avaient développé une peur presque maladive des Arabes.

Or, tard dans la nuit, les douaniers décidèrent de laisser Mohamed entrer aux USA pour qu’il puisse nager, mais à cette condition des plus enfantines, à savoir que Mohamed pourrait nager de Newport à Magog, mais il n’avait pas le droit de toucher à la terre à son arrivée à Magog. Il devait embarquer immédiatement dans la chaloupe qui l’accompagnait, puis revenir à Newport dans cette chaloupe et finalement repartir de Newport dans l’auto dans laquelle il était arrivé et revenir à Magog.

Il n’en fallait pas plus pour le conseil d’administration de la Traversée de prendre la décision que dorénavant, le départ des nageurs ne se ferait plus de Newport USA, mais plutôt de Magog.

Les nageurs nageaient donc Magog-Georgeville-Magog, soit un trajet total de 36 kilomètres au lieu de 42 kilomètres.

L’un des effets positifs de cette formule était qu’il y avait beaucoup plus de monde au départ des nageurs, soit une moyenne de 5 à 6 fois plus qu’aux départs antérieurs à Newport.

L’un des effets négatifs de cette formule, c’est que la Traversée Internationale du lac Memphrémagog perdait en quelque sorte son image internationale. Ce n’était plus une course se déroulant sur un circuit entre les USA et le CANADA.

Personnellement, je rêve qu’un jour des jeunes décident de prendre la relève et de rétablir la course de nage longue distance entre Newport et Magog.

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Janvier 1987, je rencontre à Montréal Ginette Thérien; quelques mois plus tard, Ginette vint me rejoindre à Orford et nous avons eu deux filles, Magali en 1988 et Raphaëlle en 1989.

En 1987-1988, j’ai toujours mon bureau d’avocats à Sherbrooke et je m’occupe également de la présidence de la Traversée. J’ai alors une implication sociale passablement active en région.

Les élections provinciales sont prévues pour 1989. Discrètement, je songe à me présenter comme candidat libéral dans la circonscription d’Orford. Également le maire de Rock Forest, Gaétan Lavallée songe à se présenter aussi comme candidat du parti libéral dans Orford.

Un jour, j’arrive à mon bureau d’avocats et Linda, ma secrétaire, me dit que Robert Benoit avait téléphoné et qu’il demandait à ce que je le rappelle. Je ne connais pas Robert Benoit, sauf que je sais qu’il est le président du Parti libéral du Québec.

Je téléphone donc à Robert Benoit qui me dit : « Laurent, Gisèle et moi nous t’invitons avec ta conjointe à un dîner à notre condo de Sherbrooke ».

Nous fixons ensemble une heure et une date pour ce dîner.

La journée convenue, Ginette et moi nous présentons chez les Benoit pour ce dîner. Lors du dîner, Robert me dit : « Je sais que tu songes à te présenter comme candidat libéral aux prochaines élections dans Orford. Robert Bourassa m’a demandé de me présenter aux prochaines élections dans Orford. J’ai accepté et mon organisateur est John McKenna avec qui j’aimerais que vous organisiez mon élection ».

Mes neurones n’ont jamais fonctionné si vite : « Le premier ministre, le président du Parti libéral … non, je n’ai pas le goût de me battre contre le parti libéral lui-même pour devenir candidat libéral ».

J’acceptai la proposition de Robert avec qui j’ai passé des moments inoubliables pendant les trois années qui ont suivi, surtout la convention et les élections de 1989.

Robert Benoit est originaire de St-Hyacinthe, issu de la famille Benoit dont le père a été le fondateur du Groupe Commerce, un fleuron dans l’assurance au Québec. Aujourd’hui, c’est devenu la compagnie Intact Assurance.

Robert ne connaissait pas beaucoup de gens à Magog, à Coaticook, à Rock Forest, à Stanstead-Rock Island. À cette époque, ces villes faisaient partie du comté d’Orford.

Oui, il y aura une convention dans Orford en 1988. Les neurones de Gaétan Lavallée n’ont pas suivi le même raisonnement que les miennes. Gaétan Lavallée avait décidé de se présenter comme candidat du Parti libéral et s’il le fallait, il passerait par une convention et il vaincrait.

Robert Bourassa avait demandé à Gaétan Lavallée d’aller le rencontrer à son bureau de Montréal, à cette époque dans l’immeuble d’Hydro Québec où, sur le toit dudit immeuble, monsieur Bourrassa pouvait y rencontrer ses invités.

Gaétan Lavallée m’avait dit que monsieur Bourrassa l’avait informé que son choix de candidat dans Orford était Robert Benoit; puis, monsieur Bourrassa lui avait laissé son numéro de téléphone privé au cas où en tant que maire de Rock Forest, il aurait eu besoin de lui parler.

Gaétan Lavallée, à cette période, avait vaincu le cancer; très souvent lors de mes rencontres avec lui, Gaétan aimait me dire : « Laurent, j’ai vaincu le cancer, je sais que je peux vaincre Robert Benoit dans une convention ».

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Le fait d’avoir été président de la Traversée Internationale du lac Memphrémagog m’avait donné une certaine notoriété dans le public. Robert devait se faire connaître dans le comté. Pendant des mois, lesquels ont servi également pour la convention, nous avons, Robert et moi, fait le tour du comté.

Le matin très tôt, je m’installais au volant de la BMW de Robert qui avait en mains une liste de personnes à rencontrer dans la journée et/ou d’endroits à aller pour y serrer la main des gens. J’aimais et j’étais fier de présenter Robert aux gens de la région.

Combien de coins de terrasses avons-nous coupés! Je conduisais la BMW dans une direction bien précise, puis tout à coup Robert disait : « Laurent tourne ici, je veux aller là ». Un coup de roue et on allait là.

L’organisation de la convention entre Gaétan Lavallée et Robert Benoit a été une expérience enrichissante. Le pointage, oui le pointage. Le Parti libéral était accro aux pointages à cette époque. L’équipe de Robert Benoit, pendant six mois en 1988, n’avait comme objectif que l’organisation de la convention pour le candidat aux élections provinciales dans Orford à venir en 1989, entre Benoit et Lavallée.

L’un de mes rôles dans cette organisation de la convention était de rencontrer Gaétan Lavallée soit pour connaître et jaser de ses états d’âme et/ou pour fixer des rencontres personnelles avec Robert Benoit.

La convention devait avoir lieu à l’aréna de Magog. Il était venu aux oreilles de John McKenna et moi que l’organisation de Gaétan Lavallée avait engagé une agence de sécurité de Montréal dont certains membres seraient présents à l’aréna lors du vote pour à la convention.

Que venait faire cette agence de sécurité dans l’endroit où avait lieu le vote de la convention? Personne d’eux n’avait le droit de voter. Que venait-il faire?

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John McKenna et moi prenons rendez-vous avec Gilles Robinson, enquêteur à Sûreté municipale de Magog, pour demander protection de la police en cas de grabuge ou autre.

Ni Robert ni son épouse Gisèle n’étaient au courant de cette démarche; personne d’autre que John et moi était au courant.

Lors de la journée du vote, certains policiers rodaient très près de Robert et sa famille et il était prévu que si grabuge il y avait, ces policiers dirigeraient immédiatement la famille Benoit vers une sortie de l’aréna réservée que pour cela.

De mémoire, nous avions fait au moins 3 pointages la dernière semaine avant le vote de la convention. La personne responsable du pointage nous disait : « J’arrive toujours au même résultat : environ 900 Robert Benoit et environ 100 Gaétan Lavallée ».

Si notre pointage était exact comme nous le croyions, le pointage de Gaétan Lavallée devrait être sensiblement le même. Alors pourquoi Gaétan Lavallée ne se joint-il pas à nous et ainsi travailler ensemble aux prochaines élections. Pourquoi ?

J’ai rencontré plusieurs fois Gaétan pendant cette campagne de la convention pour en discuter et c’était toujours la même chose. « Nous ça va bien, faut être positif, je vais gagner ».

La journée du vote de la convention, un dimanche, il y a dans l’aréna de Magog environ 1000 personnes; les personnes de l’agence de sécurité de Montréal sont dans l’aréna : certains ressemblent à des ninjas.

Je décide d’aller rencontrer Gaétan qui est seul dans une chambre de joueurs. « Gaétan, notre pointage d’hier est encore environ 900 pour Robert et 100 pour toi. Rallie-toi à nous et on fera ensemble les prochaines élections ». Il me regarde et me dit : « Laurent, j’ai vaincu le cancer. Je sens qu’à la dernière minute, il va se passer quelque chose et je vais gagner ».

Le vote s’est déroulé sans aucune anicroche et le résultat fut environ ce que notre pointage nous avait prédit.

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Il fallait continuer la campagne électorale puisque l’élection de 1989 arrivait à grands pas.

Robert était un gars attachant, il savait écouter les gens. Quand un électeur lui racontait son problème, Robert avait de l’empathie et l’électeur le sentait. Robert ne parlait jamais de lui, il posait toujours des questions à l’électeur sur sa vie, sur sa famille.

Je me souviens, quelques fois dans le coin de Coaticook vers midi, il me pointait une maison et me disait : « Arrête là, on va aller dîner avec eux ». Toujours, je dis bien toujours, nous avons été bien reçus; à la table, Robert les faisait parler, les écoutait.

Lors de la campagne électorale, le Parti libéral nous envoyait des gros canons pour travailler avec nous. Un homme qui m’a beaucoup marqué par son expérience des élections était Georges Boudreau, l’un des meilleurs organisateurs d’élection au Québec. Il fut l’organisateur de Robert Bourrassa dans St-Laurent.

Le matin, nous pouvions être en réunion et Georges arrivait. Il s’assoyait puis solennellement, il nous disait : « Les ptits gars, les ptites filles, le boss (Robert Bourrassa) m’a appelé cette nuit. Il fait dire qu’il est fier de vous, de continuer de travailler fort, etc. etc. Je me suis toujours demandé si Georges croyait sincèrement qu’on le croyait? Lol Lol

Pendant un an et demi environ, j’étais avec Robert ou John McKenna quasiment sept jours sur sept. Je passais à mon bureau rapidement et je revenais au comité d’élection. J’aimais cela, j’aimais cette ambiance électorale. Je reconnais aujourd’hui que j’aurais peut-être dû m’occuper plus de mon bureau d’avocats à cette époque.

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