Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (19)

 

La date des élections générales provinciales fut le 25 septembre 1989 où Robert Bourassa redevint premier ministre du Québec avec 74,96 % des voix et 92 députés tandis que Jacques Parizeau devint chef de l’opposition avec 40,16 % des voix et 29 députés.

Robert Benoit obtint 17 236 voix et Henri Bourassa du Parti québécois obtint 9 601 voix.

Robert avait fait le tour du comté d’Orford et sa disponibilité était exemplaire. Robert a été un excellent député du peuple. Il aimait les gens et les gens l’aimaient. Robert n’était pas si près que ça de l’establishment                   du Parti libéral. J’ai toujours considéré Robert comme ministrable; s’il n’a jamais été nommé ministre, c’est qu’il n’a jamais voulu faire partie de cette classe de politiciens qui se croyaient au-dessus des autres, où tout leur était permis; les intouchables, croyait-on à l’époque.

Lors de la campagne électorale, nous recevions des enveloppes d’argent comme c’était la coutume; Robert me donnait l’enveloppe et me demandait d’aller remercier le contributeur et, en même temps, lui remettre ladite enveloppe. Robert ne voulait rien devoir à personne.

Les années 1988 et 1989 ont été pour moi possiblement les deux années les plus actives de ma vie, avec de grandes émotions. En janvier 1988, c’est la naissance de Magali et en octobre 1989, c’est la naissance de Raphaëlle. Puis la convention du Parti libéral dans Orford et l’élection générale de septembre 1989 et aussi, en même temps, la présidence de la Traversée Internationale du lac Memphrémagog.

Lors de la convention et de la campagne électorale, soit pendant plus de 18 mois, j’accompagnais Robert dans quasiment toutes les activités, en plus d’organiser avec d’autres les rassemblements.

Je me souviens du rassemblement derrière l’église Saint-Jean Bosco à Magog où il y avait plusieurs personnes venues entendre parler Robert et des personnalités; ça avait été un succès.

Je me souviens que lors de cet évènement, Pierre Bibeau, l’organisateur du Parti libéral du Québec, était présent; il en profita pour me féliciter en me disant : « Félicitations, bravo et continue, on se verra après les élections ».

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C’est en 1989 que j’ouvre mon bureau d’avocats à Magog. Mes associés et moi, qui sommes à Sherbrooke, avons décidé de prendre chacun des routes différentes.

Quelque temps avant ma venue à Magog, un tournant majeur pour ma pratique du Droit s’était produit.

Rappelons-nous que dans les années 1976 à 1980, j’avais été directeur des services judiciaires pour la région numéro 5 en Estrie, soit responsable judiciairement des Palais de justice de Sherbrooke, Granby, Cowansville Lac-Mégantic, Magog et Asbestos, ce qui m’avait permis de me lier d’amitié avec certains juges de l’époque, dont quelques-uns étaient d’excellents golfeurs.

Ceci étant dit, il appert qu’un des jeunes avocats de mon bureau perd une cause qu’il n’aurait pas dû perdre. En Droit, c’était une cause simple et claire; cette cause avait une grande importance pour notre client et s’il la perdait, la conséquence est qu’il devait faire faillite.

J’avais le défaut de prendre fait et cause pour mon client; je m’attachais souvent émotivement à lui, ce qu’un avocat qui veut vivre longtemps en santé ne doit pas faire.

Comme cette cause était devant la Cour du Québec, légalement je ne pouvais pas faire appel dudit jugement.

Mon bureau étant situé face au Palais de justice, je traversai la rue, j’entrai dans le Palais de justice, je montai au quatrième étage, soit l’étage des juges, et dans le bureau de mon ami le juge qui avait rendu le jugement, pour l’engueuler pas à peu près.

Je ressortis du Palais pour retourner à mon bureau et en traversant la rue, je me mis à trembler comme une feuille. Arrivé dans mon bureau, je fermai la porte et je pleurai comme un enfant. Je réalisais que je n’acceptais plus les règles du jeu. Je me rappelais ce que m’avait dit mon maître de stage, à savoir que la justice n’existe pas. Le juge est là pour trancher un litige. Un point, c’est tout. La justice est humaine et non divine, donc imparfaite.

Je reconnais que notre système de justice est le meilleur système que l’on connaisse, sans lui ce serait invivable en société.

Dans un procès, il y a au moins deux parties, avec chacun leur avocat, qui se confrontent. Lequel des deux avocats a raison? Ni l’un ni l’autre. C’est le juge qui aura raison. Pourtant, à l’arrivée le matin au Palais de justice, chacune des parties croyait avoir raison. Surprise, à la fin c’est le juge qui aura raison.

C’est alors que je pris la décision de ne plus plaider, de ne plus avoir une pratique de litige où je devais mettre mes clients dans les mains d’un juge, d’une personne humaine dont le rôle est de décider qui a raison.

Mes dernières vingt années de pratique du Droit furent spécialement dans le domaine de l’insolvabilité et de la faillite. J’eus constamment un ou deux avocats ou avocates qui s’occupaient de mes dossiers de litige et moi, je me consacrais uniquement aux dossiers que je pouvais régler, négocier un règlement avec mon confrère. J’éloignais mes clients des procès le plus possible.

Moi avocat et mon confrère avocat, il me semble qu’à deux nous avions plus de chances de trouver un règlement satisfaisant pour les deux parties en litige qu’un seul autre avocat (juge) en une journée ou deux vienne imposer son jugement aux deux parties.

Elle a de ces surprises la vie. Aujourd’hui la Cour (les juges) avec ses nouvelles règles de procédures imposent maintenant aux avocats l’obligation de tout faire avec leurs clients pour régler entre eux rapidement le litige et c’est lorsque tous les moyens de négociations et de règlements sont épuisés que la cause se rendra au procès.

On ne sait jamais pourquoi et comment un tel juge arrive à une conclusion X lors d’un procès.

Un avocat me racontait dernièrement qu’il avait plaidé une cause qu’il avait perdue il y a de cela plusieurs années; il s’était longtemps demandé pourquoi il avait perdu cette cause jusqu’au jour où il rencontra son client par hasard qui, en jasant, l’informa tout bonnement que quelque temps avant le procès, il avait congédié le fils du juge. Le client, à l’époque, n’avait pas jugé bon d’en informer son avocat.

L’avocat avait sa réponse.

L’adage qui dit que : « Le pire règlement vaut le meilleur des procès », cet adage aura toujours son application en justice.

Encore une fois, nous avons le meilleur système de justice au monde, nous nous devons de faire confiance à nos juges, je n’en ai aucun doute, mais en même temps, il faut toujours se souvenir que ce sont des humains.

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Nous sommes en 1990-1991, un poste de juge s’ouvre au Tribunal de la jeunesse de Sherbrooke, à Sherbrooke. Mes filles ont environ 3 ans et 1 an et demi. Personnellement, je n’ai jamais « zieuté » un poste de juge. Je n’avais aucun intérêt à devenir juge. Je n’avais pas la personnalité pour vivre caché des autres, quasiment en réclusion de la société. J’admire celles et ceux qui en sont capables, mais je ne les envie pas.

Cependant, pour moi, juge au Tribunal de la jeunesse, c’était une exception. C’est la COUR des enfants, et cela, je me voyais très bien dans ce contexte de compassion des autres.

Je décide d’appliquer sur ce poste, je passe devant le comité formé par le politique, lequel comité fournira au ministre de la Justice le nom des personnes ayant passé devant lui.

Quelques semaines plus tard, je suis à mon bureau et Robert Benoit, député d’Orford, me demande d’aller dès que possible le rencontrer à son bureau à Magog.

Je me présente donc au bureau de Robert qui m’informe avoir eu un coup de téléphone du premier ministre Bourassa, lequel lui aurait dit à peu près cela : « Dis à Me Pelletier que ce sera une prochaine fois; ma santé n’est pas bonne et je quitterai sous peu mon poste de premier ministre et comme tu sais, j’en dois une à une grande famille du Québec, nous allons alors nommer quelqu’un de cette famille ».

J’avalai donc ma pilule de travers. La pression était plus forte ailleurs que de mon côté.

Puis, quelque temps plus tard, je reçus un coup de téléphone de Pierre Bibeau, organisateur en chef du Parti libéral du Québec, alors président de la RIO, qui me demandait d’aller le rencontrer à ses bureaux au Stade olympique.

Je me rendis le rencontrer pour apprendre que je pourrais être nommé, de mémoire, commissaire à la Commission de transport du Québec. J’ai environ 48 ans, plein d’énergie encore et en pleine forme. C’était comme me nommer pour vivre dans une abbaye. Peut-être qu’à 84 ans, j’aurais accepté.

Je n’avais pas besoin du Parti libéral pour vivre ma vie et lorsque j’ai aidé Robert Benoit dans sa lutte à la convention du parti et lors de son élection, je l’ai fait pour lui, car c’était l’homme de la situation à l’époque, et non pour le Parti libéral.

Point final me suis-je dit, je passe à autre chose.

Comments 2

  1. Bonjour Monsieur Pelletier,
    Je crois que vous pouvez être très très fière de ce que vous avez accomplis par ce que je lis de vos textes.

    Vous êtes une personne qui fait très bonne impression lorsqu’on a la chance de croiser votre chemin.

    Je tiens à vous dire que c’est vraiment agréable de lire votre parcours de vie.

  2. Bonjour M.Pelletier…
    Que de souvenirs et que de véritées sur la Vrai justice et la Véritée sur le parti libéral….
    Quelle magouille ça été et ce sera toujours..
    L’argent et le Pouvoir domime et ce sera encore longtemps encore comme ça…
    Bravo pour ta décision…
    J’ai vu pas mal de choses semblable en politique avec les liberaux à
    Richmond… a l’époque de Yvon V..

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