Une vie bien ordinaire au Québec depuis 1943 (20)

Je reviens à mon étude d’avocats; mon expérience comme organisateur politique m’a apporté plusieurs contacts intéressants. Je suis élu en 1991 président de la Chambre de commerce de Magog-Orford, laquelle, sous ma présidence, deviendra la Chambre de commerce et d’industrie de Magog-Orford. Socialement, je m’implique de plus en plus dans la région.

Un jour, je lis un article sur Frank Moore, ami de Brian Mulroney, et qui avait été premier ministre de Terre-Neuve; Frank Moore avait également fondé une compagnie de lobbying, à savoir The Government Consultants International. Cette firme de lobbying avait agi comme intermédiaire dans l’octroi du fameux contrat de l’achat des avions Airbus par le gouvernement conservateur. Une montagne d’argent s’était alors promenée entre les mains de tous les acteurs de cette transaction.

Je m’étais alors dit : « Tiens, il n’y a pas au Québec de bonnes firmes de lobbying. Je vais en fonder une ».

Je fondai la compagnie Lobbying America Inc. J’y ai investi un montant d’argent important, dans les six chiffres. Puis, j’allai rencontrer des femmes et des hommes d’affaires pour les représenter dans leur demande aux différents paliers de gouvernements. Mon travail de lobbyiste, par la suite, était de rencontrer les politiciens décideurs.

Puis, en 1990, je me rendis à un congrès à Hong Kong pour y établir des contacts. Lors de ce voyage, je m’arrêtai quelques jours à Los Angeles pour y rencontrer le délégué du Québec et ses cadres fonctionnaires audit bureau de la Délégation du Québec.

Le premier ministre Robert Bourassa avait nommé comme délégué général du Québec (1988-1991) le grand acteur Émile Genest (Napoléon Plouffe dans les Plouffe). Émile avait une connaissance de la Californie pour y avoir vécu environ une quinzaine d’années. Émile avait signé un contrat de 10 ans avec Walt Disney où il y tourna des films à Hollywood.

Lors de mon séjour à Los Angeles, je demeurai chez Émile Genest. J’aimais l’écouter quand il me parlait des « Grands » qu’il avait rencontrés et côtoyés à Hollywood.

Pour moi, Émile Genest, c’était l’un des plus grands acteurs que le Québec ait connus à cette époque. Sa voix merveilleuse était unique; il savait charmer tant une personne qu’un auditoire.

Son rôle de Napoléon dans la Famille Pouffe les mercredis soirs juste avant la soirée de lutte animée par un autre grand, Michel Normandin « monsieur un, deux troissssssssssss », en avait fait possiblement l’une des personnes les plus connues collectivement au Québec.

Je ne voudrais pas me tromper, mais à cette époque il y avait trois grands artistes qui acceptaient de parler sur scène devant un auditoire fédéraliste, à savoir Émile Genest, Jean Lapointe et Yvon Deschamps.

Les séparatistes, eux, avaient le reste de la colonie artistique pour eux.

C’est un peu la carricature politique et artistique que je fais, bien sûr avec respect, de cette période du Québec.

Avec ma compagnie Lobbying America Inc., je dépensais plus que je n’entrais d’argent. J’appelais cela un investissement et non une dépense; j’appris plus tard que je m’étais trompé.

Je connaissais bien Paul Gobeil, le président du Conseil du trésor sous Robert Bourassa, et ex-président de Provigo et ex-vice-président de Métro. Lors d’une rencontre avec lui, il me dit : « Laurent, pour que ta compagnie Lobbying America fonctionne, t’as pas le choix, il faut que tu ailles t’établir à Ottawa. C’est là-bas que ça se passe.  Ici au Québec, c’est trop petit pour ce que tu veux faire.  Nous, si on veut parler à Robert Bourassa, on prend le téléphone et on l’appelle. Nous n’avons pas besoin de firmes de lobbyistes au Québec ».

J’ai ouï-dire que dans ces années 1980-1990, il y avait plus ou moins une douzaine d’hommes d’affaires influents qui, au besoin, pouvaient appeler directement le premier ministre.

Ma courte carrière de lobbyiste prit fin. Paul avait raison. Et je ne pouvais pas me permettre d’aller m’installer à Ottawa et y commencer une carrière de lobbyiste. J’avais deux filles de quatre et deux ans à la maison. J’étais monoparental, donc seul pour m’en occuper.

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Je devais donc composer avec cette situation de parent monoparental.

La vie m’avait permis d’avoir eu une compagne pendant quelques années où nous avions eu la chance et le privilège de donner naissance à deux filles, Magali et Raphaëlle.

En même temps, la vie faisait en sorte qu’une séparation de couple se produisit. La maman comme le papa étaient de bons parents; la maman était une bonne mère et le papa un bon père; c’était le couple qui « grinchait ».

Lors de la naissance de Magali (10 janvier 1988) j’avais 45 ans et à la naissance de Raphaëlle (26 octobre 1989) j’en avais 46. Pour des fins mathématiques, il y a 21 mois qui séparent Magali et Raphaëlle.

Il fut convenu entre nous que j’aurais la garde légale des deux filles; je reconnais que cette décision n’a pas été facile pour la mère, mais les circonstances voulaient que les deux filles puissent continuer à vivre dans leur maison et qu’elles ne soient pas coupées de leur environnement.

Lors de la séparation, je me suis dit « pourquoi ne pourrais-je pas réussir, beaucoup de femmes sont monoparentales ».

Vivant seule avec mes deux filles de 4 ans et 2 ans et demi, la première chose que j’appris, ce fut comment faire bouillir de l’eau. Bien sûr, c’est une métaphore qui démontre que je partais de loin dans mon rôle de père monoparental.

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Je n’avais pas de code familial pour me diriger dans mon rôle de père. Comme avocat, quand j’avais devant moi un client, j’avais aussi avec moi mon code civil ou mon code criminel pour m’aider à jouer mon rôle de conseiller juridique.

Là, comme papa, je n’avais pas le code des parents. C’était bien comme ça, quand j’y pense. Mon jugement, mon gros bon sens tant comme avocat que comme parent, était souvent plus humain que n’importe quel code. J’ai réalisé qu’être un bon parent, c’est de ne pas toujours écouter les autres puisque chacun a son code personnel qui, entre nous, vaut bien souvent le code des autres. Ton gros bon sens honnête, ça vaut bien des codes.

Je me permets ici de vous rappeler encore que les codes civils ou criminels sont interprétés par les avocats et les juges. Je vous pose la question : elle est où à ce moment-là la Vérité, la Justice? Qui de ces trois intervenants de la Justice a la Vérité avec un grand V?

Dans un procès, dans un conflit, le juge impose sa Vérité en l’appuyant bien sûr avec des articles du Code. Pourtant, le matin du procès, chacun des avocats de chacune des parties avait aussi sa vérité qu’il appuyait aussi d’articles du Code.

Tout ceci pour écrire qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura jamais de code des parents. Chacun de nous a son gros bon sens dont il se sert de la meilleure façon qu’il peut. L’humain se trompe et ça fait partie de la vie.

Nous devons admettre que les humains ne sont pas égaux entre eux. Dès le départ de la vie, ils ne naissent pas égaux.

Le respect de l’autre doit être la plate-forme du Monde. Du respect, découle l’amour, l’antidote de toutes les guerres et de tous les conflits.

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Revenons en 1990-1991 où je débute mon rôle de père monoparental, sept jours sur sept, en même temps que mon rôle d’avocat cinq jours sur cinq. La question que je me posais à ce moment-là : était-ce possible de composer mon rôle de père monoparental avec celui de la pratique du droit?

Ma chance était d’être un travailleur autonome travaillant à mon compte; je connaissais bien le patron, dirons-nous.

Je pris alors conscience du comment les femmes monoparentales, travaillant pour quelqu’un ou pour une organisation, pouvaient en même temps élever seules leurs enfants. Je parle bien sûr de celles qui n’étaient pas leur propre patron.

Moi, je pouvais m’absenter quand je voulais ou ne pas entrer au travail si l’une de mes filles était malade et ainsi de suite. La maman monoparentale qui travaille pour un patron ne peut pas faire cela. J’étais chanceux.

Comments 3

  1. Salut mon cher Laurent, j’avais bien hâte de poursuivre cette lecture toujours aussi captivante qui touche une époque unique… merci de nous la faire vivre à travers toi ..que de souvenirs…
    Ton amie Carole

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